Partager l'article ! Demain, j'arrête de chialer: Alors voilà je viens vous voir parce que je ne sais pas pourquoi je pleure tout le temps. Pour un oui po ...
Alors voilà je viens vous voir parce que je ne sais pas pourquoi je pleure tout le temps.
Pour un oui pour un non je pleure et je souffre énormément.
- Qu'entendez-vous par souffrir ?
J'ai mal. J'ai mal à tel point point que j'ai une douleur comme si quelque chose me serrait dans la poitrine, comme si mon coeur se retrouvait dans un étau. Une douleur qui part d'une pensée et qui devient physique.
Elle m'écoute sans se moquer et je scrute dans ses yeux un intérêt et un calme déterminants. Si je perçois la moindre lueur de désintérêt ou d'ironie, ma bouche va aussitôt se refermer hermétiquement. Je le sais. Elle passe ce premier test. Alors je continue : je pleure quand je regarde les infos. Les guerres, les injustices, les enfants les gens qui souffrent, je suis capable de fondre en larmes devant l'actualité. Alors je la regarde de moins en moins. Ma solution : j'écoute la radio dans la voiture. Sans image, moins de douleur. Et obligée de me concentrer sur la route, je suis moins vulnérable. Les films romantiques aussi me font pleurer. Les histoires de couples ou de famille. C'est surtout le bonheur qui me fait pleurer, pas les drames dont je sais que c'est du cinéma. Mince, c'est idiot ce que je dis. Mais c'est vrai que les scènes de mariages et de retrouvailles sont celles qui m'émeuvent le plus. Je pleure aussi quand j'entends un cri. Entendre quelqu'un élever la voix m'est insupportable. Je déteste les conflits, entendre une engueulade, des cris, ça doit me rappeler l'hystérie de ma mère aux nerfs fragiles. Ma tendre enfance a été rythmée de ses cris, et de ses baffes à tour de bras, avec ou sans bonne raison. Je n'avais pas le droit de pleurer et jusqu'à l'âge de quinze ans je n'ai pas versé une larme. C'était ma façon de me rendre imperméable à la douleur. J'enfouissais ma souffrance à l'intérieur, dans mon Journal et mes tentatives de suicide. Les cris me terrifient au point que... de vous en parler je commence déjà à ressentir de l'angoisse.
Et depuis l'âge où je me suis autorisée à pleurer, après qu'un médecin m'ait dit que c'était sain et salutaire, j'ai l'impression que je ne cesse de pleurer. Je voudrais apprendre à me contrôler.
- De nouveau obéir à votre mère, quoi.
Je réfléchis. Dans le mille. J'ai cherché à échapper à sa tyrannie inconsciente et voilà que par cette demande, j'avouerais mon incapacité à m'émanciper ? En voilà une bien bonne. J'affichai un sourire vaincu : non. Vous avez raison. Mais je voudrais... comment dire ? être moins sensible. Enfin non. Enfin si : je suis à fleur de peau. Paradoxalement beaucoup de choses me font mal mais en même temps je tiens à garder cette extraordinaire sensibilité qui est la mienne. Je pleure aussi quand je suis très heureuse (après l'orgasme aussi mais ça je ne l'ai pas dit). Ou quand j'ai peur de le perdre, c'est idiot, mais je me dis toujours quand il part bosser "et s'il lui arrivait quelque chose je ne le supporterais pas" ou "mérité-je vraiment un garçon pareil ? s'il s'en allait, j'en mourrais"... Comment faire pour moins souffrir ??
- Et si vous arrêtiez de souffrir pour des choses qui n'existent pas ? Que vous pleuriez en regardant un film c'est naturel. Que vous pleuriez de joie ou de tristesse, vous êtes particulièrement sensible, eh bien c'est normal ! Mais notez toutes les fois où vous pleurez ces prochaines semaines et nous les examinerons ensemble. Notez le moment et la raison. Vous n'avez pas besoin de pleurer pour des évènements qui ne sont pas arrivés ou qui n'arriveront jamais.
- C'est vrai.
Je suis revenue une semaine après avec une page pleine. Mon chat tombé gravement malade. La crainte de rater une négociation importante dans mon boulot. Un film au cinéma. Pour deux bonnes raisons, j'avais une mauvaise raison de pleurer.
Maintenant, je ne pleure que très rarement. Quand l'angoisse et l'envie de me laisser aller montent, je me pose la question : réalité ou fantasme ? Et si je m'apprêtais à pleurer à l'idée d'une hypothétique situation qui n'arrivera peut-être jamais, je me dis : arrête de chialer.
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