Lundi 20 juillet 2009
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11:57
Oui ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vues, et il s'est passé beaucoup de choses.
Alors voilà, les deux hommes qui se disputaient mon intérêt, l'un certain d'être largué et l'autre certain d'être favori m'ont mise au pied du mur. En 10 jours, je suis passée du statut de celle
qui souhait le célibat pendant un certan temps, n'en pouvant plus d'une vie de couple éprouvante, à celui d'une femme obligée de choisir entre deux prétendants ! Absurde.
Ce n'était pas du tout ce à quoi je m'attendais et cela m'a beaucoup coûté en énergie, à analyser la situation, à imaginer le futur, à être sincère envers moi-même pour être sincère avec eux au
moment du verdict.
La pression était si intolérable qu'un soir j'ai craqué et mon régulier a téléphoné à son rival sous mes yeux ahuris. Pour lui déclarer que j'étais bouleversée, qu'il devait cesser les contacts
pressants avec moi et qu'il arrêtait de son côté de me harceler. C'est la première fois que je le voyais se préoccuper de mon mal-être. En raccrochant, impressionné par la voix et la réaction de
l'adversaire, il admit "ça doit être quelqu'un de bien".
Ben oui que crois-tu, si ce n'était pas quelqu'un de bien, nous n'en serions pas là !
Alors voilà j'ai décidé depuis quelques jours que j'allais partir voir "l'autre" une seconde ou dernière fois, car il n'a pas les armes pour se battre étant loin. J'éprouve le besoin d'échanger de
vive voix avec lui et de lui exposer mes griefs afin d'étudier ses réactions, d'écouter ses réponses, d'entendre ses promesses de vie pleine de rêves et d'espoir... et de "ressentir", tous les sens
en éveil, le chemin de ma vérité. Il est des moments ainsi où vous êtes face à la personne sur laquelle vous devez vous faire une opinion, pas forcément d'elle-même mais de vous par rapport à
elle, et que subitement "vous savez", vous décelez quelque chose, d'infime parfois, qui vous fait savoir que cela fonctionnera ou pas.
Alors je pars malgré les tentatives faites pour m'en empêcher ("je ne sais pas si je serai là quand tu reviendras" "je ne te verrai pas avec le même regard et alors là...").
Rien ne passe plus par téléphone à part l'angoisse muette. Je rencontre enfin l'homme de mes rêves dans un resto bondé, bruyant, un boui-boui qui eût été charmant n'eût été l'anachronisme de ce
choix alors que nous devions décider de notre sort et de notre vie future. Première erreur. Je lui annonce que nous deux, ça ne va pas être possible. Non parce que je suis retombée amoureuse de mon
homme, ce qui même vrai n'aurait pas pesé plus qu'une plume dans mon choix : j'ai toujours été prête à quitter tous les amours de ma vie, mari et enfants si j'en avais eu, pour lui...
Non. Mais bel et bien parce que justement, femme et enfants il a et que nous nous sommes loupés. Sa vie, il l'a déjà faite. Qui plus est avec ma rivale, celle pour laquelle il m'a quittée sans me
le dire, me laissant gamberger plus de 13 ans. Cette rivale qui étant la mère de ses enfants ne sera jamais loin, il la côtoiera et tous ces éléments me sont insupportables.
L'amour, il y a eu et il y a, c'est certain. Ce choix m'est extrêmement pénible, j'en meurs au fur et à mesure que je prononce la sentence fatidique car je sais que sortis de ce restaurant je ne le
reverrai plus jamais. Que je l'ai perdu à cet instant même, cet homme que j'ai tant cherché, tant attendu, qui m'a fait tant rêver et dont les phrases me manqueront avec une cruauté farouche.
Il est foudroyé. Se drape dans sa dignité, ne réagit pas si ce n'est une phrase : "Je ne m'attendais pas à ça. Tu t'attaches à des considérations futiles au lieu de raisonner par l'amour. Ma vie je
la refais, avec toi, une toute neuve ! Unique ! Et maintenant je vais me retrouver tout seul comme un con dans un studio."
Deuxième erreur. Qu'ouïs-je ? Tu divorces pour des raisons qui me sont étrangères, tu vas aller vivre dans un studio et tu m'en veux parce que je ne vais pas faire le bouche-trou ?
Je reste estomaquée par la médiocrité de l'envoi d'autant plus sincère qu'il a été spontané. L'addition et on se retrouve sur le trottoir. La fin est proche, j'en éprouve un vague soulagement, je
sais ce qui va se passer. Je blottis ma tête dans son cou, mes yeux me font mal, je crois que ce sont les effets secondaire de mon opération, mais je me mets à pleurer doucement. Il me regarde et
me dit : "Je t'aime comme un fou". Ce sont ses dernières paroles.
Il disparut. Je m'effondrai en larmes. Je rentrai lui envoyer un message assassin où je souhaitais lui passer trois messages : à quel point j'avais cru en nous, comment mon ressentiment et ma
conviction dans le fait qu'on a tous droit à une première fois m'empêche aujourd'hui de m'embarquer avec un père divorcé, et mon adieu avec un uniquement un souvenir passionné.
Sa dernière réponse écrite, comme toujours parfaitement choisie, unique, deux mots dans lesquels je reconnais sa griffe, me laissant KO, un coup de poing dans le ventre et en même temps
admirative comme d'habitude sur la grandeur de ce type que j'avais si peu croisé dans ma jeunesse mais je n'avais jamais oublié.
THE END.