Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /Mai /2009 11:10

J'arrive marée haute sur le sable de mes joues, et ma petite voix étranglée balbutie cette incroyable histoire.
J'ai rencontré Rico (de Federico) il y a treize ans. L'histoire d'amour la plus immense et passionnée qu'il est permis de vivre sur cette Terre. Mai 1996. Par hasard sur les Champs-Elysées. Distributeur automatique de billets.
"On gagne, sur celui-là ? me lance l'inconnu derrière moi.
- A tous les coups ! répliquai-je en m'éloignant avec un sourire.
Dix minutes plus tard, au tabac de la rue Marbeuf, la même voix derrière moi : tiens, on n'achète pas la même marque.
Et l'énergumène me propose d'aller boire... "un verre de jus d'orange" au Virgin. Jamais entendu d'invitation aussi fantaisiste, je craque.
Et je suis tombée sous le charme de cet être immensément charismatique, fantasque, généreux, sexy, sensible, intelligent, sauvage, libre, indépendant, narcissique, imprévisible, dangereux, séducteur, beau et envoûtant, déjanté, étourdi, parfait. L'attraction, sans la gravité.
Semaines de délires, remplies de rigolades comme ce dimanche après-midi chez  Seb à regarder le télé-achat entre Virilec (pour vous les hommes) et Depuraform (pour nettoyer vos organes) !
Dire que c'est lui qui m'a emmenée un samedi matin annuler la publication des bans à la mairie parce que je ne voulais plus me marier avec un autre... ni cette fois ni jamais. Lui, qui balançait par la fenêtre de la bagnole les CD qui ne lui plaisaient plus en traversant le Louvre à tout blinde. Lui encore qui s'est pointé un soir chez ma coloc/meilleure amie et m'a donné un trousseau de clés en me disant : "Allez viens, tu déménages". Sans rien me dire, il m'avait trouvé mon premier petit meublé.
On a joué au chat et à la souris quelques semaines. On se voit, on ne se voit pas, on se décommande, on fait mariner l'autre, on change d'avis. 11 juillet 1996, 20h16 : un choc immense quand je m'aperçois que je n'avais pas compris. Que son absence me laissait vide et assoiffée. Je lui dis "je t'aime" pour la première fois.
Ma coloc commençait à en avoir assez de ce fou qui m'avait écrit un message à la bombe sur la chaussée sous ma fenêtre, resté dans le bitume bien longtemps après sa disparition.

Oui, parce que cet homme dont j'étais raide dingue amoureuse, qui m'emmenait chez Disney, ou chez KOH, au Café Inn, à la Kashba, au Palace où je me suis évanouie de trop danser ou dîner à Deauville pour mon anniversaire, comme aux puces de St Ouen ou au parc de Vincennes, ou au fin fond de la Corrèze, ou dans une discothèque de château qu'il n'a ouverte que pour moi, cet homme là un jour s'est levé, a dit qu'il partait et n'est plus jamais revenu.
Vu l'original, je me suis vaguement dit qu'il trafiquait quelque chose dans laquelle il ne voulait pas m'impliquer. Je lui ai couru après, je l'ai retrouvé à notre bowling, en vain je l'ai supplié de m'expliquer, j'ai harcelé de questions notre meilleur ami qui ne m'a dit qu'une chose : il est parti à l'autre bout du monde.
Je ne mange plus, je ne dors plus, je ne respire plus, et je ne sais pas encore que ça va durer des années. Je ne me supporte plus, à chialer tout le temps. Quelle leçon d'humilité, comment ai-je pu te perdre...
Je fais des planques. Des heures, des nuits dans ma bagnole devant des portes, pour l'entrapercevoir. Et puis j'arrête. Colère et ridicule. Il n'a pas le droit, je mérite des explications, tout donner pour tout reprendre, est-ce que ça a du sens ?
Seb m'a dit ne garde pas trop d'espoir, n'attends pas, ta vie ne s'arrête pas là, personne ne mérite de souffrir comme tu souffres. Bref démoralisant à souhait, ce qui ne m'a pas empêchée de reprendre follement espoir. Ma meilleure amie m'a traînée au cinéma voir Chute Libre. Sans commentaires. J'ai passé la nuit dans la dernière chemise de mon amoureux, je voulais mourir dans son parfum.

Mon premier deuil a été comparable en puissance à ce que je venais de vivre : au-delà du désespoir immense, un ravage sans nom, un  anéantissement, une bombe atomique qui a éradiqué toute sensation durant les quatre années qui ont suivi, une disparition dévastatrice qui a foudroyé ma vie.
J'ai perdu de vue notre meilleur ami, j'ai voulu mourir en déambulant sur les rails d'un train qui n'est jamais venu, j'ai quitté l'appartement où nous nous étions si souvent retrouvés et une fois perdus. J'ai cherché à comprendre. Pourquoi était-il parti ? Je ne me résolvais pas à penser "il m'a quittée", persuadée qu'il l'avait fait malgré lui pour quelque obscure raison et qu'un jour je le retrouverais. Jamais je n'ai autant vibré.

Je l'ai cherché durant 13 ans. J'ai appelé chez sa mère au bout de 5 ans. Au bout de 9 un ami m'a proposé d'aller tenter l'aventure à cet endroit du bout du monde précisément où Rico était parti. J'ai failli tout plaquer. Bon, je n'avais pas grand-chose à plaquer. Un boulot pépère, un chat. Mais je ne suis pas partie. J'avais peut-être peur de le retrouver, d'aller lire par-delà les océans la fin de l'histoire. Je savais que depuis le temps, il avait refait sa vie. 9 ans. S'il avait voulu revenir, il serait déjà revenu. Et j'étais certaine qu'il était capable de me retrouver. J'ai eu peur d'entendre mon coeur cesser de battre, de "savoir", enfn. Alors je suis restée, en continuant à le chercher à travers ceux qui croisaient mon existence, et il est resté l'homme de ma vie, celui pour qui j'aurais tout quitté, mari, enfants, maison, travail, sur un seul mot de lui.
J'ai raconté notre histoire, j'ai pensé à lui, mon Journal m'a rappelé sans cesse notre énigme, il m'a terriblement manqué, l'impression de vivre des vies parallèles, je me suis embarquée sur quelques bateaux en gardant un pied sur le quai, en attendant quelque chose... je ne sais pas quoi. Et bravement je savais qu'il fallait aller de l'avant parce qu'on ne recopie pas une telle histoire d'amour. Bizarre coïncidence, me dit mon cousin, ta propre mère a vécu le même genre de drame. Elle a attendu 23 ans avant de voir s'effondrer le mythe de son Prince Charmant perdu qui avait tout simplement refait sa vie sur un continent lointain et pouponnait gaiement sans s'être pourri la vie le moins du monde avec son souvenir. Et c'est après ces retrouvailles ratées qu'elle a pu refaire sa vie à la suite d'une longue dépression. Est-ce qu'une magnifique histoire d'amour a toujours une fin aussi moche ?

Alors j'ai réussi professionnellement et j'ai jeté mon dévolu au bout de dix ans sur celui qui lui ressemble le plus possible. Un coeur de rocker qui m'aime comme j'avais cru être aimée de Rico. J'ai quitté Paris qui était évidemment la métropole où j'avais le plus de chances de le recroiser un jour.

Mais forcément, j'ai fini par le retrouver. Parce que personne ne te remplacera jamais. Je lui ai enfin demandé pourquoi il était parti. Sans avoir la moindre idée de l'amour fou et irraisonné que je ressens encore à l'égard de son souvenir, il va me dire ce que je méritais de savoir depuis 13 ans. Qu'il est parti pour une autre.
Et un nouveau deuil doit commencer. D'urgence, docteur. Je n'ai plus à vivre entre parenthèses, et même si la vie que j'aime est toujours celle que j'ai vécue avec lui, je dois me faire une raison, il ne reviendra pas et ne me demandera jamais de tout quitter pour lui non plus. C'est la fin d'un long épisode romanesque de ma vie.
Est-ce que j'aurais dû aller à la rencontre de ce deuil il y a 4 ans quand l'opportunité m'était offerte ou ai-je eu raison de vivre quelques années de plus dans mon joli petit rêve rose qui m'évitait la claque que je vais me prendre ?
Peu importe... visiblement, ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai le courage d'aller chercher ma vérité.
Tu parles, il y a ces jours-ci terriblement longs où je me sens malade, trahie, dévastée, où je pleure dans ma voiture parce que j'y suis seule, je suis totalement perdue comme s'il venait seulement de me quitter, ma vie entière me semble brutalement vidée, dépourvue de sens, comme treize auparavant. Mais je m'accroche à l'idée que je vais être délivrée, délivrée de cette longue incertitude, pourvu qu'il me dise que ma folie n'a d'égale que son indifférence et que mon espoir n'a pas plus de sens que son départ à l'époque.
Hé Docteur, est-ce qu'un livre a toujours une dernière page ?

Par Antipus Aethernel
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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /Mai /2009 14:33
J'ai changé de psy. Le premier, c'était une catastrophe expliquai-je à ma nouvelle psy : il m'a écoutée pendant des mois et ne m'a jamais rien dit. Moi j'ai besoin qu'on me dise quoi faire pour aller mieux !
- Je ne parle pas beaucoup non plus, balance la dame. Mais nous aurons des échanges ne vous inquiétez pas.
Bon.
Alors racontez-moi.
La gorge serrée, je pleure depuis un quart d'heure et quand j'ouvre la bouche, pas un couinement ne sort.
J'ai passé des années sans pouvoir pleurer, un jour vers l'âge de douze ans le barrage s'est brisé et depuis je n'arrête plus.
Vous êtes d'une très grande sensibilité.
Oui peut-être et c'est bien ça le problème, les gens me voient forte, douée et quand je ne vais pas bien, ils me tapent sur l'épaule en me disant : bah ! je suis sûr que tu vas rebondir, je te connais ! je te fais confiance, tu t'en sortiras toujours !
Je n'arrive pas à donner aux gens l'image de la fille fragile que je suis. Du coup je me sens totalement incomprise et horriblement seule. Si seule !!!!! C'est contradictoire, je veux leur renvoyer l'image de la nana super forte, capable de tout, qui n'a peur de rien, la superwoman qu'ils me disent voir, comme si c'était un "contrart" que je devais remplir. Et en même temps j'aimerais qu'on me soutienne, parce que je doute, parce que j'ai peur, parce que je ne suis pas toujours si forte.
Ensuite j'enchaîne sur mon enfance, mon boulot, mon passé.
Vous ne m'avez pas parlé de votre père, remarque la psy.
Ha ! Mon père !... Silence. Je cherche comment être claire. Pour moi il n'existe pas. Il nous a abandonnées ma mère et moi quand je suis née. Il a voulu reprendre contact j'avais 24 ans, j'ai mis le holà, c'était trop tard.
Aujourd'hui j'ai des problèmes d'adulte, plutôt avec mon incapacité insurmontable à supporter les tons de voix élevés, les cris, les agressions verbales me tétanisent et me terrorisent. Je pense carrément quitter ma vie de couple actuelle à cause de ses cris qui me blessent mais vingt fois je suis restée. Et je suis toujours là.
Peut-être que c'est parce que vous tenez à lui ?
...
Silence. J'ouvre la bouche en réfléchissant. Sûrement ? Je sais pas. Oui mais... enfin... C'est compliqué. Dans ma tête règne la confusion la plus totale. Heureusement l'heure est finie.
Avec le recul, il faudra que je pense à lui répondre : oui mais c'est pas pour ça que je dois renoncer à être moi. C'est pour ça que je viens.
 
Par Antipus Aethernel
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Jeudi 15 novembre 2007 4 15 /11 /Nov /2007 12:27

Bonjour voilà tout va bien forcémement, depuis la dernière fois et mon problème aujourd'hui puisqu'il faut toujours que je me pose des questions sur tout, c'est : comment ça se fait et comment faire durer cet état de bonheur...

Le psy m'observe. Est-ce de l'indulgence devant une telle monstruosité ?

J'enchaîne : je vis dans une vague inquiétude d'avoir provoqué une situation qu'aucun des deux de mon mec et de son ex n'a souhaité et on sait qu'une chose pareille génère en général une frustration comme un barrage sur un fleuve et je me dis qu'un jour ils peuvent craquer...

Mais en même temps je me sens soulagée d'avoir pu exprimer à quel point je me sentais mal avant et heureuse d'avoir été si ce n'est comprise, écoutée et entendue par ma moitié.

- On ne peut pas maîtriser TOUS les éléments du destin. si vous vous sentez bien maintenant un bon objectif est atteint.

- Oui c'est vrai. Tiens, mon bilan depuis la dernière fois me fait dire aussi que j'ai découvert quelque chose qui me paraît fondamental. J'ai appris que chacun a des limites dans la dose de compromis qu'il peut faire et qu'après l'énorme compromis que j'ai demandé, je dois lever le pied sur les autres. Ce fut une révélation pour moi. Toujours mobilisée par de grandes illusions, je croyais que c'était sans fin, que chacun devait aspirer à rendre la vie des autres meilleure. En fait, non. Et au lieu de continuer à être extrêmement exigeante avec moi et d'en demander autant aux autres, je dois calmer mes ambitions idéalistes. Est-ce que je dois diminuer mes exigences et renoncer au suprême pour me contenter du tiédasse ou est-ce que je dois conserver mon obsession du mieux et trouver un autre monde pour le satisfaire ?

- il faut un peu des deux... gérer votre niveau exigence tout en trouvant des mécanismes qui vous apportent la satisfaction dont vous avez besoin.

Hu hu je vais méditer ça jusqu'à la prochaine fois.
Par Antipus Aethernel
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Jeudi 11 octobre 2007 4 11 /10 /Oct /2007 03:19

Bonjour, eh voilà l'euphorie est retombée ! m'exclamai-je en m'asseyant.

- Ah bon... répondit-il d'un air circonspect comme il en a l'habitude. Il parle peu pour me laisser toute la place de m'exprimer.

- Eh oui ça ne pouvait pas durer, c'est ainsi, c'était inévitable... Je souris. La fatalité, faut pas le prendre mal.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Eh bien vous savez que je vais perdre mon boulot, l'échéance se rapproche, on sait désormais que recevoir notre chèque de licenciement est soumis à des conditions que chacun doit remplir...

Curieusement, le psy me fait développer ce point et manifeste son étonnement réprobateur face à ce genre de "chantage" que l'entreprise fait aux salariés... qu'elle veut licencier !

Oui vous avez raison... c'est bizarre mais c'est comme ça. Et quand je pense à tous mes collègues qui sont partis bien avant ce plan économique avec de gros chèques et que les braves gens qui restent vont avoir beaucoup plus de mal à obtenir de moins gros chèques, je trouve ça aberrant voire scandaleux.

Bref... j'ai lu un livre qui parlait de la vie de quelqu'un qui je trouvais ressemblait beaucoup à la mienne et j'ai découvert LE mot qui me semble décrire parfaitement ce que je ressens. Un sentiment D'INSECURITE. Voilà. Pour la première fois depuis toujours, j'ai l'impression d'avoir mis le doigt sur le mot qui qualifie ce que je ressens aujourd'hui.

En arrivant, je n'avais rien à dire. Juste une émotion qui m'étreignait, une peur, décuplée par mon déplacement professionnel de 3 jours à l'étranger qui me laisse maintenant le sentiment de perdre pied par rapport à ce qui se passe en France pendant que je n'y suis pas. Peu de coups de fils avec mon homme -vu le coûts des communications, j'essaie de ne jamais trop me faire remarquer par mon entreprise avec des factures de mobile exorbitantes- et une angoisse sur ses contacts malsains avec son ex en mon absence.

En fait je suis un vrai moulin à paroles. Je n'arrête pas. Les problèmes que j'ai réussi à résoudre depuis la dernière séance, et la découverte d'une tumeur cancéreuse chez la mère de mon conjoint hospitalisée d'urgence, qui m'affecte profondément. Autant parce qu'une mère pour moi c'est sacré, comme tous les liens familiaux, que parce que cela angoisse énormément son fils.

Je ne règle rien mais m'épancher fait du bien, eh oui, comme pour toute femme, et déjà c'est fini.
Par Antipus Aethernel
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Jeudi 27 septembre 2007 4 27 /09 /Sep /2007 18:18

Tout va bien Docteur. Et dans la foulée je pense : d'ailleurs, qu'est-ce que je vais raconter aujourd'hui ?? Alors j'enchaîne en me disant faut bien essayer :

- Tout va on ne peut mieux, c'est tout bonnement incroyable, comme si tous mes problèmes s'étaient arrangés. Ma mère a arrêté de boire, J'ai réussi à parlé longuement avec mon petit ami, mon patron qui me pourrissait l'existence a enfin quitté la société... bref j'éprouve un soulagement tel que je me sens revivre.

Il m'encourage à poursuivre. Effectivement, je me dis que raconter pour une fois inoubliable que tout va bien et pourquoi ne peut être qu'agréable voire bénéfique. Est-ce que ça va durer...?

Je finis par montrer des signes de volonté de faire durer cet état de grâce, une sorte d'enthousiasme à avoir récupérer une légèreté et une confiance dont j'étais dépossédée.

L'entretien fut relativement court et je repartis en me demandant si j'allais revenir vu que tout allait bien.
Par Antipus Aethernel
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