Samedi 1 septembre 2007 6 01 /09 /Sep /2007 01:17

Dure semaine. Je ne sais pas par quoi commencer, je sais que je vais synthétiser mes douleurs vécues en quelques mots puis que dans ce silence de confessionnal je vais finir par développer, avec la honte de raconter des détails futiles qui me taraude.

Ca n'a pas loupé. Je raconte comment après une journée éprouvante je m'effondre sous le premier reproche que m'adresse l'amour de ma vie assez durement, ignorant de mon épuisement nerveux. Ignorant que j'ai eu des sujets de préoccupations bien plus importants que le détail absurde sur lequel il me reproche mon inattention.

J'admets un temps trop tard mon erreur et il croit que je me fous de sa gueule, que je suis de mauvaise foi, etc, après je décroche, j'en peux déjà plus la coupe est pleine. Et ça déborde, je déborde de larmes, son couteau verbal fiché entre deux côtes.

Ce n'est pas votre oubli de remplir une mission à l'importance infime qui était en jeu, déclare le spécialiste en me fixant. C'est la symbolique qui représentait à ses yeux votre manque d'attention à son égard, faisant écho à une peur de l'abandon qui l'habitait déjà.

Je médite quelques instants. Effectivement, la broutille était ridicule, je l'ai prise au premier degré à cause de ma fatigue et il a dû ressentir l'obligation d'aller au bout de sa relance comme on dirait au poker. Pas d'autre explication possible. Il s'est senti obligé d'enfoncer le couteau jusqu'à la garde, s'étant déjà engagé beaucoup dans la petite histoire. Ca ne peut pas être d'avoir ou pas arrosé une plante qui était en jeu...

Il l'a ressenti comme une trahison me traduit le psy.
Moui bon ben c'est dommage, ça, c'est fait, comme on dit... Et maintenant ? une agressivité verbale pareille, j'ai encore pensé au suicide, la prochaine fois ça me donnera encore envie et comment faire pour pas sombrer ? parce que des scènes pareilles, ça se reproduira forcément... Et j'aurai envie de fuir sans même faire mes valises, pour un conflit qui n'en vaudra jamais la peine.

Ah tiens, il faudra ptêt simplement que je le rassure en reconnaissant tout de suite mes torts ou, si je n'en ai pas, que je ne discute pas et lui donne raison par défaut, au fond l'enjeu vous avez raison n'est pas là, il a juste besoin que j'approuve sa façon de m'aimer, de me guider vers le meilleur chemin, de lui prouver ma reconnaissance, ma confiance en lui et en sa volonté de bien faire...?

Exactement.

Ouf je ne serai pas venue pour rien cette fois-ci.

Je vous fixe le prochain rendez-vous mademoiselle.

Merci. Ah au fait, pensez-vous que je devrais appeler ma mère qui subitement ne m'appelle plus après que je lui ai dit deux trois horreurs en trouvant je ne sais où le courage de les lui envoyer par texto ? J'ai dit quoi déjà... ah oui, qu'il fallait qu'elle fasse gaffe car son mec était au bord de la rupture, qu'on la ferait désintoxiquer si elle n'arrêtait pas de boire, qu'il fallait qu'elle se ressaisisse et que si elle ne s'en rendait pas compte comme elle avait l'air de l'afficher, alors c'est encore pire que ce que je croyais.

Appelez-la si vous en ressentez le besoin.

Mouais merci pour le conseil. De toute façon je vais l'appeler, je suis inquiète à chaque minute et culpabilise énormément de la laisser seule dans son bouillon de souffrance.

Et le soir même je l'appelle, elle m'annonce qu'elle a arrêté de boire et qu'elle a la volonté de tenir. eperdue, je la remercie, je lui dit que je suis fière d'elle et que je l'adore, les mots se déversent seuls de ma bouche, c'est une fontaine, j'attendais ça depuis tellement longtemps, ces mots d'encouragement et d'amour étaient déjà là tout prêts au fond de ma gorge qui d'un seul coup se désserre.

Je t'aime maman. Et malgré les recommandations de mon psy, je ne te tuerai pas.
Par Antipus Aethernel
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Samedi 30 juin 2007 6 30 /06 /Juin /2007 20:09

Il m'avait dit : 3 rendez-vous pour mieux me connaître.

Il faut que je lui raconte ma vie, mon enfance déraciné de pays en pays, mes multiples souffrances d'éducation sévère depuis l'âge de 12 ans, la découverte de la possibilité d'en finir et mes multiples tentatives à partir de 15 ans, mon Journal comme exutoire, mon claquage de porte familiale à 16 ans, ma modeste réussite professionnelle sans diplôme depuis le Bac, blablabla...

J'apporte aussi la lettre de recommandation de mon généraliste, ça donne une autre tournure à ma thérapie apparemment.

Mal à l'aise, ma vie me semble tout à coup pleine de chances, finalement trop exempte de drames, rien qui puisse faire l'objet de faits divers, mais pourquoi suis-je si malheureuse ? D'où me vient un tel sentiment de solitude alors que j'ai trouvé l'homme de ma vie, qu'on n'a pas de difficultés financières et qu'on construit notre petit nid d'amour ?

Et vos parents , me relance le spécialiste.

J'hésite, j'ai perdu le fil et pour cause il n'y en a pas, j'ai essayé de dérouler mon existence ridicule comme je déroule mes réunions avec un ordre du jour pour finir en nageant dans la honte de n'avoir rien à révéler de surnaturel.

Ma grand-mère, sa solitude, ma mère, sa solitude, docteur est-ce que la solitude c'est héréditaire ?

(Et est-ce que je suis censée l'appeler docteur d'abord ?)

Pourquoi suis-je si fragile ?

Pourquoi je me prends la tête alors que je n'ai pas de raison d'être malheureuse ?

Pourquoi j'ai mal si souvent, si fort, alors que tout ce qui m'agresse n'est que verbal ou encore interprétation d'attitudes ?

J'avais peut-être envie d'entendre que je me trompais sur ma façon de percevoir les choses.

J'ai un compagnon amoureux fou, fort, déterminé, sur lequel je peux m'appuyer en toute circonstances, qui me protège même à l'excès.

J'habite une jolie maison et nous en construisons une, celle de nos rêves.

J'occupe un chouette poste de responsable avec un parcours professionnel que j'ai su enrichir en saisissant de belles opportunités.

Je ne dépense même pas mon salaire plutôt satisfaisant.

Des animaux courent dans toute la maison participant à mon équilibre.

J'ai peu d'amis mais particulièrement aimants et disponibles, attentifs, de longue date me permettant de me fabriquer un peu de pérennité dans ma vie de déménagements incessants.

Le bon air de cette région magnifique nettoie mes poumons de fumeuse asthmatique.

Et je suis perdue avec mes douleurs en vivant mon couple comme sous le joug d'une tyrannie conjugale, pas l'habitude qu'on fasse ingérence dans mes choix...

Paumée avec ma mère si loin et constamment malade.

Humiliée par une promotion ratée scellant la certitude de m'être investie pour rien durant ces 5 dernières années. Trop de connaissances, de compétences, d'expertise, de discrétion, de franc-parler, d'ancienneté. Pas assez de politique, d'hypocrisie, de maturité, de vanité, de formation, de couilles qui auraient fait de moi un mec au milieu d'une bande de fils de ... au lieu d'une ptite nana qui n'a l'air de rien.

Seule avec pour seuls amis géographiquement proches les amis de mon ami.

Inquiète de la perspective de chômage proche dans une régin au bassin d'emploi improbable.

Parlez-moi de votre mère.

Encore ?... elle est encore plus seule que moi, elle flingue sa carrière, elle boit elle vomit et elle m'appelle. Son mec aussi va finir par m'appeler parce qu'il en a marre, il menace de la plaquer et moi pareil, je m'accroche à ma thérapie parce que je refuse que mes démons fasse s'envoler le plus bel oiseau que j'ai croisé. Ma mère...? Que dire si ce n'est qu'elle a fait de moi sa plus belle réussite, et que tout ce que j'ai je le lui dois, le meilleur comme le pire mais l'important c'est surtout le meilleur.

On va s'arrêter là pour aujourd'hui. Je commençais à avoir de l'élan mais mes paroles tournent en rond. Du macro, on passait aux micro-détails toujours sur les mêmes thèmes, c'est vrai à quoi bon. La voix se brise, de longs silences pleins de larmes dans lesquelles je m'étouffe, c'est dur putain est-ce que je vais sortir à chaque fois la gorge nouée de tourner mes problèmes comme un rubikube ? et sans trouver de solution, plutôt en croulant sous le poids de mes révélations sans intérêt à partir desquelles je me demande chaque fois si mes consultations sont vraiment justifiées ? Dans le couloir, je croise d'autres patients en me disant comme au poker : il doit avoir tellement plus gros que moi - sur la patate - qu'est-ce que je fous là !?

Bizarrement je zapperai la prochain rendez-vous sans même prévenir.

J'étais partie en vacances...
Par Antipus Aethernel
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Mercredi 30 mai 2007 3 30 /05 /Mai /2007 10:07

Voir un psy ? Pour quoi faire !

Non mais et puis quoi encore, je suis pas malade de la tête, je ne suis ni plus ni moins dérangée qu'une autre... Mais voilà pile à l'heure je pénètre courageusement dans un vaste bureau sombre et frais. Tiens, je croyais qu'il y avait toujours un divan chez un psy. Pas de divan. Bon au moins il ne peut pas se passer de trucs louches ici. Le fauteuil est grand et je me sens toute petite et je déteste poser mes fesses sur le cuir froid alors je me donne pour objectif de me mettre à l'aise au bout de 10 minutes il faut que je sois confortablement calée dedans et que je parle librement. Sinon ça ne sert à rien.

Et je commence par : "Je ne sais pas si c'est ici que je vais trouver de l'aide mais voici mon problème : je souffre."

- De quoi ? s'enquiert le psy, sans précipitation, sur le bon ton que j'aurais été incapable de trouver sincèrement à sa place.

- De tout. La moindre chose me fait mal, je regarde les infos, je pleure. Je regarde un film et ça me touche ? Je pleure. Quelqu'un qui crie à côté de moi, je fonds en larmes et fais une crise d'angoisse. Une fois j'ai fini en hôpital psychiatrique et 5 ans après, j'étais loin de m'imaginer faire une rechute. Alors là je sais qu'il faut que je me prenne en main une bonne fois pour toutes.

Et je décris en vrac mon éducation, mon absence de larmes bloquées au fond de mes tripes pendant des années, ma solitude, mon enfance stricte avec l'obligation d'être la première de la classe sous peine de représailles, mon incapacité à me donner le droit à l'erreur.

- Avez-vous des enfants ?

- Pas encore.

- Pas encore ?

- Ca viendra. D'ailleurs je ne veux pas reproduire les mêmes erreurs. Je sais que je ne les reproduirai pas. Je suis plutôt le genre de personne à laisser un môme tester la chaleur d'une flamme s'il ne veut pas comprendre que ça brûle. Je pense que c'est à chacun de vivre ses expériences.

Là encore, je me suis fustigée intérieurement. Ces propos étaient une recherche d'approbation. J'ai ce besoin d'être reconnue, et que l'on acquiesce quand je m'exprime. C'est pour ça que ma facilité est d'énoncer des choses empiriquement justes, pour attirer l'accord du plus grand nombre. Et encore une fois, je me refuse le droit à l'erreur, le droit peut-être une opinion plus personnelle, celle de MA vérité et pas de celle de TOUT LE MONDE.

- On reproduit le schéma ou on réagit à l'inverse, par réaction.

- Il paraît. En tout cas je n'en veux pas à ma mère qui a été une bonne mère et grâce à qui j'ai finalement réussi.

Et je décris la mort mensongère de mon père et comment je l'ai renié en découvrant qu'il avait refait sa vie ailleurs et aussi les petits détails évoqués avec mon mec qui parfois me font si peur que je remets en cause le fait de finalement avoir des enfants avec lui un jour. Par exemple, il est convaincu qu'un môme averti qui fait quand même une bêtise doit finir par s'en prendre une s'il ne comprend pas par les autres moyens. Déjà que les cris me terrorisent, alors les coups... Ca me fait frémir.

- Votre mère criait ?

- Oui en effet. Et je recevais des corrections plus souvent qu'à mon tour. C'est donc lié... mais quand même ! à 30 piges, on doit bien être assez grand pour surmonter ça !!

- Il faut "tuer votre mère". En claquant la porte à seize ans, vous ne l'avez pas fait malgré votre départ.

Tuer la mère ?? Et je décris ma pauvre mère qui vit un peu sur sa planète, qui n'a que moi et le fait qu'elle a un peu disjoncté. Ce dont je suis probablement partiellement responsable.

- Vous n'en êtes pas responsable. Etre parent, c'est apprendre à laisser partir son enfant.

Tuer la mère !! Je regrette qu'il soit trop tard pour parler avec elle de cette introspection, de cette souffrance accumulée, de ces traumatismes qu'elle m'a infligés sans s'en rendre compte. Non seulement je ne lui en veux pas mais je me sens envahie d'un nouveau sentiment de culpabilité quand on me dit : "Tu n'es pas en état d'aider ta mère, aide-toi d'abord."

- Tuer sa mère, c'est une image. C'est un acte qui permet de mieux la "re-aimer" par la suite.

- Ah ? et comment on fait alors... pour tuer sa mère ?

- On va s'arrêter là pour aujourd'hui, répond le monsieur qui n'a pas pris une seule note. Il ne connaît même pas mon nom et curieusement ne me l'a pas demandé. Il me donne un rendez-vous. Je lui donne un chèque.

Fin du premier acte.

Par Antipus Aethernel
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Vendredi 25 mai 2007 5 25 /05 /Mai /2007 10:33

Parfois, il me trouve prostrée dans la salle d'attente, fixant le mur devant moi en proie à ma nervosité rentrée, repensant à toute vitesse aux derniers événements. Encore une fois, je n'ai pas envie de parler, parfois j'ai même envie d'annuler et de ne pas venir mais je me force car je sais que c'est au cours d'une de ces séances qu'un déclic va se produire et que je vais finir par découvrir le mécanisme qui va soulager ces angoisses terribles qui me rongent.

- Bonjour, oh il fait chaud dans votre cabinet.

- Ah bon ? je ne trouve pas, mais il fait tellement froid et pluvieux dehors, c'est peut-être la différence de température qui vous fait dire ça...

- Non non...

Je ne sais pas pourquoi j'éprouve le besoin d'insister (laissez-moi avoir raison je viens juste d'arriver et j'ai besoin d'établir un lien de connivence avant de commencer).

Je cache ma honte en ôtant mon blouson et nous échangeons deux banalités sur le temps qu'il fait alors que je sens monter mon impatience de commencer véritablement ma séance. Finalement, j'ai envie d'embrayer sur mon vécu et mes émotions.

- Je vais mieux, mon dossier pour obtenir mon chèque de licenciement est bouclé, même si je ne vais pas monter la crèche comme prévu parce que c'est trop lourd et trop peu rentable, je ne me sens pas du tout inquiète c'est plutôt côté perso que je ne me sens pas en sécurité.

Il trouve que la crèche est une excellente idée, comme 100% des gens à qui j'avais confié ce projet, mais avec le sourire caractéristique de ma nervosité que j'essaie souvent de masquer, je lui explique que je n'ai pas encore les épaules pour une telle usine à gaz et que je vais trouver un commerce, sans doute une franchise, tout ce qu'il y a de plus standard et rentable.

Le temps passe et précipitamment, je ressens le besoin de résumer ce qui m'a brisée ce lundi 21 octobre, en tentant un exposé factuel et une description chirurgicale de ce que j'en ai ressenti.

Il y a plus d'un an, mon conjoint suite à ma remarque sur le côté envahissant d'une de ses ex, déclare "si quelque chose te gêne, je couperai totalement le contact avec elle".

Ce que j'ai ressenti : de la gratitude pour la reconnaissance de mes émotions et la promesse a suffit à me rasséréner.

Il y a un an, je me suis plainte de l'insistance de son ex à s'immiscer dans notre vie (coups de fil d'une heure pour pleurnicher sur le fait que son dernier ex n'était pas aussi bien que lui, etc) et ai réclamé la tenue de cette promesse. A ma grande stupéfaction, il a piqué une colère et m'a accusée de jalousie mal placée. "Oui elle est encore amoureuse de moi mais non il n'y ne se passe plus rien entre elle et moi..."

...Et donc je devrais cesser mon comportement ridicule. Il affichera dédain et exaspération quand, au lieu de me calmer j'explose de colère et de tristesse en balançant mon dernier mot : "En tout cas elle est très forte parce que sans être là elle arrive à faire en sorte qu'on s'engueule et à foutre la zizanie entre nous. Très forte..."

2 mois plus tard, il me montre des textos d'elles prouvant qu'il lui a annoncéqu'il cessait les contacts. Vu la colère qu'elle manifeste en réalisant brutalement que mon mec n'est plus seulement son ex mais aussi MON mec, je le crois sur parole.

Je découvrirai plus tard ce qui ternira un peu ce brillant acte d'héroïsme : en déclarant renoncer à la contacter pour moi, il va avouer qu'il le fait cependant avec grand regret, se classant du même coup dans son camp à elle, celui des victimes de l'hystérique et jalouse petite amie que je suis.

Je pense cependant qu'il ne l'a pas calculé ainsi et qu'il ne visait qu'à exprimer ses propres regrets afin de se montrer compréhensif et de faire profil bas face à la déferlante de mauvaise humeur qu'elle lui a infligé. Joli cas d'école. Elle affiche bien peine et colère, déclenchant chez lui culpabilité et remords, plein de désarroi qu'il est de provoquer un tel raz de marée. Quel talent.

Mais bref, je suis remplie de gratitude et ne relèverai pas, à tort, qu'il lui a dit que c'est pour tenir une promesse qu'il m'a faite. Promesse qu'il ne m'a jamais faite, mais bon comme ça c'est sur mon dos et c'est moi la méchante pas lui. Qu'importe. J'assume d'autant plus que c'est bien moi la seule que cette relation ambigüe gêne.

Et c'est reparti pour un mois de bonheur plein de soulagement.

Au bout d'un mois, elle reprend contact par mail avec un prétexte à deux balles (récupérer un truc qu'il a gardé depuis son déménagement). Il a l'obligeance de m'en parler et ne s'imagine pas l'importance que sa transparence a pour moi. Je me sens impliquée dans le couple, fière d'être digne de sa confiance et pleine de confiance en lui.

Ce contact m'agace néanmoins et le fait qu'il ne se presse pas de s'occuper du truc à lui rendre encore plus. Je sais qu'en réponse à ce silence, elle va le relancer ; c'est ce qu'il attend ou quoi ?

Je lui rappelle de temps en temps d'honorer la demande mais mes efforts sont vains et je finis par renoncer ; après tout, c'est un comble que ce soit moi qui parle d'elle toute les semaines tandis que j'essaie de l'oublier et de la faire oublier !

Un jour, à mon grand étonnement, il se met à chercher frénétiquement l'objet à rendre et me propose même de l'assister dans ses recherches, ce à quoi je manque d'éclater d'un rire noir et je m'en vais plutôt faire un tour.

L'objet incomplet sera rendu par l'intermédiaire d'un ami et un mois plus tard, je découvre avec horreur qu'elle l'a effectivement relancé et qu'ils en ont profité pour se raconter brièvement leurs vies par mail. Elle lui rétorque néanmoins que par respect pour moi, les mails étant une forme de contacts, il doit y renoncer aussi. Ce qu'il ne fait pas. Il la contactera même par texto avec le téléphone tout neuf que je lui offre un mois après.

Pourtant quelques jours avant, il me confie que pour moi il a renoncé à donner les coordonnées de son ex à quelqu'un à qui ça aurait pu rendre service. J'en avais éprouvé un immense soulagement et un sentiment de gratitude et, un peu coupable d'avoir provoqué cet effort de sa part, je l'en avais remercié en expliquant qu'effectivement c'était une décision sage étant donné que cela évitait le risque qu'elle reprenne encore contact.

Toute confiance brutalement éradiquée, je me suis posée la question non pas de si j'allais partir mais de "quand". Et j'ai entamé 2 semaines de dégoût de la nature humaine, transportée trop haut par mes idéaux de loyauté et de sincérité, incapable de faire franchir des mots d'amour de mes lèvres. La coupe était pleine et débordait sauvagement à tel point que je ne pleurais pas, je me disais simplement qu'une fois la maison construite, on allait pouvoir la vendre et que je ne pouvais pas partir d'ici-là.

Et j'ai lu des Mars & Vénus acheté en sa compagnie, il a été tout gentil, sachant inconsciemment sans doute que quelque chose n'allait plus chez moi et respectant le temps qu'il me fallait pour trouver les mots afin de l'annoncer.

Et j'ai réfléchi. Et je me sentais obligée de partir tôt ou tard, construire un couple sur une relation pleine de mensonges me semblait absurde. Et j'ai fini par me rendre compte qu'après les désastres que j'ai vécus, celui-ci valait le coup que je me batte, que je surmonte, et que je l'aimais si fort qu'il devait y avoir une solution.

Comme une énigme, j'ai cherché la solution. Minutieusement, patiemment, pendant encore plusieurs jours.

Et puis je lui ai expliqué à quel point je me sentais blessée d'avoir compris qu'il n'avait pas tenu sa promesse et qu'il me mentait pour se faire plaisir et qu'elle en profitait.

Il a été obligé de continuer sur sa version mais a souhaité savoir quelle était la solution pour me prouver que la plus importante à ses yeux c'était moi.

Tu l'appelles et tu lui annonces que cette fois c'est bien fini ?

Il ne broncha pas. Gêné. Je proposai alors : ou je l'appelle moi ?

Il m'a donné son numéro, soulagé, et je l'ai appelée. Inévitablement, ça s'est mal passé. Elle a piqué une colère, s'est laissée piégée en rétorquant que c'est lui qui prenait contact, confirmant ce que je savais déjà et m'a raccroché au nez après m'avoir suggéré de régler mes problèmes avec lui.

Une manipulatrice immature mais ennemie respectée car je savais qu'elle disait la vérité et qu'elle avait tenté d'encourager son ex à me respecter.

Il a feint l'étonnement en apprenant que ça s'était mal passé. Tu parles, il la connait si bien qu'il n'a pas voulu passer ce coup de fil parce qu'il le savait très bien. Pas grave. Ca m'a soulagée de le faire et la volonté solennellement déclarée de ma moitié de me choisir a relancé notre couple comme au premier jour.

C'est grave, docteur ?
Par Antipus Aethernel
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