Jeudi 10 novembre 2011 4 10 /11 /Nov /2011 10:56

Je ne sais pas pourquoi - et c'est bien l'objet de mes recherches - je suis obsédée par l'acceptation du passé. Sans cesse des questions comme "ai-je bien choisi mon parcours professionnel ?" "et si j'avais continué mes études au lieu d'arrêter mon DEUG en fin de 2e année, où en serais-je ? " "est-ce qu'il pense toujours à son ex ?" me taraudent.

En même temps, je me répète comme un mantra "aucun intérêt, tu ne peux rien y changer" "y songer et fantasmer sur des choses terminées, inamovibles ou invérifiables ne peut que te faire du mal" et je me botte le c... : pense plutôt à ce que tu vas faire aujourd'hui et demain. Si tu as l'ombre d'un petit regret, tâche de faire différemment à l'avenir pour te féliciter d'avoir tiré leçon du passé.

Pour le boulot, c'est vrai que je me pose parfois des questions notamment parce que je vais commencer un nouveau job dans une semaine et que j'ignore si je vais être à la hauteur, si ça va me plaire et me convenir, mais globalement, mon parcours me permet de gagner correctement ma vie et je ne suis pas mécontente d'en être arrivée là. Alors ?

 

Concernant l'homme de ta vie, il t'aime et s'est engagé avec toi comme il ne l'avait jamais fait avec personne d'autre avant, n'est-ce pas une preuve suffisante que tu as plus d'importance à ses yeux que toute autre ? Il a fini par supprimer les quelques traces de cette femme parce que ça te bouleversait. Ne peux-tu pas effacer à ton tour toute crainte d'un retour vers le passé ?  

 

Oui mais... Toujours ce crétin de petit diable sur mon épaule gauche qui me souffle des conneries dans l'oreille que je ne peux pas éviter d'entendre. A son anniversaire, elle le lui a souhaité sobrement et il a répondu "c'est tout ce que tu mets ?" et sa déception de ne pas compter davantage pour celle qu'il avait tant aimée m'a douloureusement marquée. Alors que notre histoire me semblait être celle d'un grand amour, pourquoi avait-il besoin qu'elle lui adresse quelque mot tendre ?

 

Ton expérience passée des mensonges d'un autre homme qui avait effacé en apparence ses liens du passé pour mieux les entretenir en cachette ne t'autorise pas à en punir un autre qui justement ne te cache rien et dont tu sais au fond de toi qu'il ne supporterait pas de te faire souffrir. D'ailleurs, n'a-t-il pas enlevé ce message et son auteur de ses contacts ? 

  

Oui je sais, mon homme est l'opposé du précédent et je ne peux que m'en vouloir de m'être fait berner et d'être restée les bras ballants à fermer les yeux sur tous les mensonges que je découvrais pourtant. 

Mais... Il a quand même voulu un enfant avec celle-là.


L'a-t-il eu ?


Non.


Pourtant tu sais qu'il s'implique facilement et au regard de votre histoire, tu sais très bien qu'il aurait facilement pu le faire ! 

 

Hum oui bon. OK. Mais n'empêche, il a fait un gosse avec une autre. Moi je n'ai jamais voulu ni eu d'enfant avec d'autres que lui !


Alors ça, c'est la réflexion la plus stupide. Il ne l'a pas fait, il l'a eu. Sans le savoir, sans le vouloir. Elle le lui a fait dans le dos. Il n'a pas désiré cet enfant aussi ardemment qu'il en désire un avec toi et te le montre à chaque instant, ne vois-tu pas la différence ? Est-ce parce que les autres peuvent parfois se tromper dans leurs choix que tu dois leur en vouloir ? Ne t'es-tu jamais trompée ? Dois-je te rappeler que tu as commis au moins une erreur que tu es en train de payer chaque jour en ce moment-même ?...


OK, mais... 


Mais quoi ? Regrettes-tu qu'il l'ait assumé, qu'il l'ait reconnu, ne trouves-tu pas que son gamin est adorable et que c'est une chance incroyable de vivre avec lui, ce qui te donne à toi vieille fille (eh oui il faut que tu assumes cette appellation menaçante) la possibilité d'observer un enfant de près et de te rendre compte de ce que ça signifie que d'en élever un ?


Non, c'est vrai. Il est très mignon, joyeux et gentil, j'aurais pu tomber sur un monstre comme... bref, et il m'aime beaucoup aussi. J'ai de la chance. Et c'est vrai que chaque journée que je passe avec lui me donne une leçon sur les relations avec un enfant et m'apprend énormément. Et puis je suis d'autant plus folle amoureuse de son père qu'il a agi comme il l'a fait depuis la naissance de l'enfant. Un père responsable qui certes, a vécu sa jeunesse insouciante en confiant son petit à ses parents pour sortir et faire la fête mais au moins, aujourd'hui il ne nous fait pas de crise d'ado attardé et veut vivre avec moi ces premières années de paternité dont il n'a pas profité pleinement. Ma vague désapprobation sur ses années de jeunesse est donc malvenue. S'il n'avait pas fait ces choix, ça ne l'intéresserait pas aujourd'hui de revivre une paternité et je serais bien malheureuse toute seule avec ce désir d'enfant de lui... Alors stop ! Stop d'en vouloir aux autres de mes choix pourtant légitimes. Ca suffit d'être jalouse de lui, jalouse de ne pas être une jeune maman d'un enfant déjà grand, jalouse de son insouciance, moi qui ai toujours eu l'obsession de ne jamais tomber enceinte, moi qui ai été privée d'adolescence, jalouse peut-être aussi de cette femme qui a réussi à avoir un enfant de lui et pas moi.


C'est quoi ces jalousies absurdes qui entrent encore dans la catégorie de tout ce que tu ne pourras jamais changer ? Des choses qui sont comme elles sont, dont tu ne peux imputer le choix ni à lui ni à toi. Ces choses donc qui ne doivent en aucun cas t'affecter. Ces choses qui font même qu'aujourd'hui cet homme est ce qu'il est, mûr, responsable, courageux, sensible, ce qui fait que tu l'adores par-dessus tout. Un jour tu auras toi aussi deux amours de ta vie. 


Je crois que c'est ce qui me manque. Dans mon obsession de réussite, même ce sujet vient s'insérer. Je voudrais éprouver la fierté d'avoir conçu, rejoindre ce clan des femmes qui sont mères et qui répètent unanimes "tu ne peux pas savoir ce que c'est avant de l'avoir fait" et ma pression augmente chaque jour en sentant peser le silencieux regard que l'entourage pose sur une vieille fille de 36 ans toujours sans enfant. J'ai passé ma vie à essayer d'être comme tout le monde, un petit peu mieux que la moyenne si possible comme ma mère le voulait, et aujourd'hui il me reste ça d'inaccompli. Ce serait ma dernière victoire après un parcours professionnel correct.

La pression de l'âge se fait méchamment sentir : à mon âge et autodidacte, je ne peux plus me permettre de changer de boulot sur un coup de tête. Ma fertilité est en baisse. Mon mec est plus jeune que moi. Me quittera-t-il pour une plus jeune dans quelques années ?

En somme je commence à perdre le contrôle de tout. Je ne parviens pas à obtenir tout ce que je veux et ça, je n'en ai pas l'habitude. J'ai largué les boulots les uns après les autres pour à chaque fois viser plus haut. Mon dernier vrai poste s'est soldé par un licenciement de 500 personnes car la boîte a fermé. Je n'ai rien contrôlé et personne ne l'avait vu venir. Plusieurs années de deuil. Mais mon assurance a quand même conservé une cicatrice.

Je ne tombe pas enceinte à l'arrêt de la pilule, comme on lit dans les romans dramatiques à l'eau de rose. Je ne peux pas influencer la Nature. Mon impuissance m'enrage. J'ai une revanche à prendre. 


Pourquoi tant de colère ? Par manque de confiance en toi, non ? Pourquoi vouloir prouver tant de choses ? Tu viens de réussir 4 entretiens et une négociation de salaire pour une société cotée en Bourse qui n'embauche habituellement que des ingénieurs Bac+5. Tu as maîtrisé toute ta vie sentimentale comme tu l'entendais en ne te mariant pas, en ne tombant jamais enceinte accidentellement jusqu'à rencontrer l'homme de ta vie. Par miracle tu l'as trouvé, il est sur la même longueur d'ondes que toi et vous désirez tous les deux un enfant au même moment ! Beaucoup envient ta situation, ta chance, ton bonheur. As-tu le droit de râler, d'être aussi aigrie et insatisfaite ? D'ailleurs, tu as peur qu'il aille dire un jour je t'aime à une autre... Mais si c'est toi qui partais un jour en aimer un autre ?


Non, c'est impossible !!!


Je suis persuadée que la sérénité, l'équilibre, la paix intérieure apportent les ondes positives et la chance. Jamais je n'ai connu autant de facilités et réussi tant de choses que depuis que mon amour est entré dans ma vie. Il ne se rend pas compte de tous mes dépassements de moi, de mes petites victoires intimement liées à son existence, à son soutien. A moi de garder cet élan, cette force dont il me remplit, au lieu de gaspiller mon énergie dans des luttes perdues d'avance, de diluer ma joie de vivre naturelle dans des angoisses inutiles et stériles.

Comme dirait ma psy, arrêter d'être obnubilée par ce qui n'existe pas, comme par exemple l'idée de me faire larguer pour une jeunette dans quelques années. Si je deviens amère, jalouse et irrationnelle il aura de bonnes raisons de se casser ! Et pas seulement à cause de mon physique ! Arrêter aussi de me sentir persécutée par le passé. C'est grâce à nos passés respectifs que nous avons su nous rapprocher, nous apprécier et que nous nous aimons à la folie aujourd'hui. Si tout cela n'était pas arrivé, nous n'en serions pas là. C'est d'autant plus réel que nous nous sommes côtoyés pendant des années sans savoir que nous allions finir ensemble et aussi heureux. Ces dernières années nous ont permis de mûrir l'idée que nous nous faisons de notre idéal et de nous reconnaître. Les personnes qui appartiennent à son passé ne peuvent qu'envier le présent et le futur qui s'offre à moi en sa compagnie. Quel avantage y aurait-il pour moi d'envier leur passé ??

Ce que je regrette parfois, simplement, et je n'ai pas encore trouvé la clé de ma guérison, c'est qu'il ait si passionnément voulu se marier et avoir des enfants avec une autre. Et mon petit coeur se brise quand je pense qu'il ne veut pas se marier avec moi. Il m'a bafouillé qu'il n'était pas prêt la fois où je lui ai posé la question à brûle-pourpoint. Je lui ai reproché ce petit non embarrassé et il m'a répondu que c'est parce que je l'avais pris de court. N'empêche que c'est plus révélateur d'entendre une réponse-réflexe qu'une réponse bien réfléchie, non ? Cette spontanéité m'a mis un coup dont je ne me suis pas remise. Le pire je crois que c'est quand il m'a servi tout un tas de raisons ridicules quand j'ai insisté pour savoir pourquoi pas. J'ai essayé de les oublier mais il me semble me souvenir le vague refus d'une soirée d'enterrement de vie de garçon dont il redoute le stupide bizutage, le manque de moyens... Ca m'a tellement choquée que je n'en ai plus jamais parlé. Quand par accident le sujet remonte à la surface d'une conversation, mon amertume palpable revêt les couleurs de ma profonde tristesse.  


Et si tu lui en parlais calmement ?


Je ne sais pas si je pourrais retenir mes larmes. Je ne supporterais pas d'entendre une nouvelle fois sa négation alors que lui même m'a convertie au mariage. Il ne se doute pas que je rejetais cet acte depuis que je me suis trompée en ayant voulu me marier avec le premier amour de ma vie. J'ai rompu mes fiançailles il y a maintenant 15 ans. Il serait grand temps que je me pardonne. Il serait aussi grand temps que j'accepte son passé car j'en ai un aussi. Moi qui commence à peine à m'accepter telle que je suis, je devrais également l'accepter lui tel qu'il est, si parfait, en tout cas tellement plus quez moi ! Moi aussi, j'ai aimé. Vais-je lui reprocher d'être le garçon aimant que j'aime tant ? Non, et je ne vais pas prendre le risque de l'entendre énumérer des raisons aussi absurdes que mes raisons d'avant de m'opposer au mariage. J'ai passé ma vie à rendre des bagues de fiançailles, à fuir les cérémonies et à refuser d'en entendre parler. Je suis bien placée pour connaître les mille et un motifs de ridiculiser ce genre d'officialisation. Au fond, je suis peut-être en train de payer mon comportement toujours excessif.


Précisément, pourquoi donc encore sombrer dans l'excès... inverse ?

Et si tu étais simplement énervée de voir que quelque chose échappe à ta volonté, à ton besoin de contrôle permanent ? Alors que tu n'as pas de raison de t'inquiéter, cet homme est bel et bien là, fou amoureux de toi, aux petits soins, prêt à fonder une famille, il t'a demandé de te pacser avec lui et tu sais parfaitement que tous les actes d'engagements, en moins d'un an, sont présents et solides. En fait, tu es juste en train de chercher la petite bête, histoire de pouvoir redire quelque chose, au milieu de tant de bonheur, de sincérité, pour quoi...? Pour trouver une raison de te plaindre, de te t'apitoyer sur toi parce que tu ne sais pas comment faire autrement pour t'aimer un peu ? 


Ouch. 

 

 

Par Antipus Aethernel
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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 13:30

Alors voilà je viens vous voir parce que je ne sais pas pourquoi je pleure tout le temps.

Pour un oui pour un non je pleure et je souffre énormément.

- Qu'entendez-vous par souffrir ?

J'ai mal. J'ai mal à tel point point que j'ai une douleur comme si quelque chose me serrait dans la poitrine, comme si mon coeur se retrouvait dans un étau. Une douleur qui part d'une pensée et qui devient physique.

Elle m'écoute sans se moquer et je scrute dans ses yeux un intérêt et un calme déterminants. Si je perçois la moindre lueur de désintérêt ou d'ironie, ma bouche va aussitôt se refermer hermétiquement. Je le sais. Elle passe ce premier test. Alors je continue : je pleure quand je regarde les infos. Les guerres, les injustices, les enfants les gens qui souffrent, je suis capable de fondre en larmes devant l'actualité. Alors je la regarde de moins en moins. Ma solution : j'écoute la radio dans la voiture. Sans image, moins de douleur. Et obligée de me concentrer sur la route, je suis moins vulnérable. Les films romantiques aussi me font pleurer. Les histoires de couples ou de famille. C'est surtout le bonheur qui me fait pleurer, pas les drames dont je sais que c'est du cinéma. Mince, c'est idiot ce que je dis. Mais c'est vrai que les scènes de mariages et de retrouvailles sont celles qui m'émeuvent le plus. Je pleure aussi quand j'entends un cri. Entendre quelqu'un élever la voix m'est insupportable. Je déteste les conflits, entendre une engueulade, des cris, ça doit me rappeler l'hystérie de ma mère aux nerfs fragiles. Ma tendre enfance a été rythmée de ses cris, et de ses baffes à tour de bras, avec ou sans bonne raison. Je n'avais pas le droit de pleurer et jusqu'à l'âge de quinze ans je n'ai pas versé une larme. C'était ma façon de me rendre imperméable à la douleur. J'enfouissais ma souffrance à l'intérieur, dans mon Journal et mes tentatives de suicide. Les cris me terrifient au point que... de vous en parler je commence déjà à ressentir de l'angoisse.

Et depuis l'âge où je me suis autorisée à pleurer, après qu'un médecin m'ait dit que c'était sain et salutaire, j'ai l'impression que je ne cesse de pleurer. Je voudrais apprendre à me contrôler.

- De nouveau obéir à votre mère, quoi.

Je réfléchis. Dans le mille. J'ai cherché à échapper à sa tyrannie inconsciente et voilà que par cette demande, j'avouerais mon incapacité à m'émanciper ? En voilà une bien bonne. J'affichai un sourire vaincu : non. Vous avez raison. Mais je voudrais... comment dire ? être moins sensible. Enfin non. Enfin si : je suis à fleur de peau. Paradoxalement beaucoup de choses me font mal mais en même temps je tiens à garder cette extraordinaire sensibilité qui est la mienne. Je pleure aussi quand je suis très heureuse (après l'orgasme aussi mais ça je ne l'ai pas dit). Ou quand j'ai peur de le perdre, c'est idiot, mais je me dis toujours quand il part bosser "et s'il lui arrivait quelque chose je ne le supporterais pas" ou "mérité-je vraiment un garçon pareil ? s'il s'en allait, j'en mourrais"... Comment faire pour moins souffrir ??

- Et si vous arrêtiez de souffrir pour des choses qui n'existent pas ? Que vous pleuriez en regardant un film c'est naturel. Que vous pleuriez de joie ou de tristesse, vous êtes particulièrement sensible, eh bien c'est normal ! Mais notez toutes les fois où vous pleurez ces prochaines semaines et nous les examinerons ensemble. Notez le moment et la raison. Vous n'avez pas besoin de pleurer pour des évènements qui ne sont pas arrivés ou qui n'arriveront jamais.

 - C'est vrai.

Je suis revenue une semaine après avec une page pleine. Mon chat tombé gravement malade. La crainte de rater une négociation importante dans mon boulot. Un film au cinéma. Pour deux bonnes raisons, j'avais une mauvaise raison de pleurer.  

Maintenant, je ne pleure que très rarement. Quand l'angoisse et l'envie de me laisser aller montent, je me pose la question : réalité ou fantasme ? Et si je m'apprêtais à pleurer à l'idée d'une hypothétique situation qui n'arrivera peut-être jamais, je me dis : arrête de chialer.


Par Antipus Aethernel
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Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 11:57
Oui ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vues, et il s'est passé beaucoup de choses.
Alors voilà, les deux hommes qui se disputaient mon intérêt, l'un certain d'être largué et l'autre certain d'être favori m'ont mise au pied du mur. En 10 jours, je suis passée du statut de celle qui souhait le célibat pendant un certan temps, n'en pouvant plus d'une vie de couple éprouvante, à celui d'une femme obligée de choisir entre deux prétendants ! Absurde.
Ce n'était pas du tout ce à quoi je m'attendais et cela m'a beaucoup coûté en énergie, à analyser la situation, à imaginer le futur, à être sincère envers moi-même pour être sincère avec eux au moment du verdict.
La pression était si intolérable qu'un soir j'ai craqué et mon régulier a téléphoné à son rival sous mes yeux ahuris. Pour lui déclarer que j'étais bouleversée, qu'il devait cesser les contacts pressants avec moi et qu'il arrêtait de son côté de me harceler. C'est la première fois que je le voyais se préoccuper de mon mal-être. En raccrochant, impressionné par la voix et la réaction de l'adversaire, il admit "ça doit être quelqu'un de bien".
Ben oui que crois-tu, si ce n'était pas quelqu'un de bien, nous n'en serions pas là !
Alors voilà j'ai décidé depuis quelques jours que j'allais partir voir "l'autre" une seconde ou dernière fois, car il n'a pas les armes pour se battre étant loin. J'éprouve le besoin d'échanger de vive voix avec lui et de lui exposer mes griefs afin d'étudier ses réactions, d'écouter ses réponses, d'entendre ses promesses de vie pleine de rêves et d'espoir... et de "ressentir", tous les sens en éveil,  le chemin de ma vérité. Il est des moments ainsi où vous êtes face à la personne sur laquelle vous devez vous faire une opinion, pas forcément d'elle-même mais de vous par rapport à elle, et que subitement "vous savez", vous décelez quelque chose, d'infime parfois, qui vous fait savoir que cela fonctionnera ou pas.
Alors je pars malgré les tentatives faites pour m'en empêcher ("je ne sais pas si je serai là quand tu reviendras" "je ne te verrai pas avec le même regard et alors là...").
Rien ne passe plus par téléphone à part l'angoisse muette. Je rencontre enfin l'homme de mes rêves dans un resto bondé, bruyant, un boui-boui qui eût été charmant n'eût été l'anachronisme de ce choix alors que nous devions décider de notre sort et de notre vie future. Première erreur. Je lui annonce que nous deux, ça ne va pas être possible. Non parce que je suis retombée amoureuse de mon homme, ce qui même vrai n'aurait pas pesé plus qu'une plume dans mon choix : j'ai toujours été prête à quitter tous les amours de ma vie, mari et enfants si j'en avais eu, pour lui...
Non. Mais bel et bien parce que justement, femme et enfants il a et que nous nous sommes loupés. Sa vie, il l'a déjà faite. Qui plus est avec ma rivale, celle pour laquelle il m'a quittée sans me le dire, me laissant gamberger plus de 13 ans. Cette rivale qui étant la mère de ses enfants ne sera jamais loin, il la côtoiera et tous ces éléments me sont insupportables.
L'amour, il y a eu et il y a, c'est certain. Ce choix m'est extrêmement pénible, j'en meurs au fur et à mesure que je prononce la sentence fatidique car je sais que sortis de ce restaurant je ne le reverrai plus jamais. Que je l'ai perdu à cet instant même, cet homme que j'ai tant cherché, tant attendu, qui m'a fait tant rêver et dont les phrases me manqueront avec une cruauté farouche.
Il est foudroyé. Se drape dans sa dignité, ne réagit pas si ce n'est une phrase : "Je ne m'attendais pas à ça. Tu t'attaches à des considérations futiles au lieu de raisonner par l'amour. Ma vie je la refais, avec toi, une toute neuve ! Unique ! Et maintenant je vais me retrouver tout seul comme un con dans un studio."
Deuxième erreur. Qu'ouïs-je ? Tu divorces pour des raisons qui me sont étrangères, tu vas aller vivre dans un studio et tu m'en veux parce que je ne vais pas faire le bouche-trou ?
Je reste estomaquée par la médiocrité de l'envoi d'autant plus sincère qu'il a été spontané. L'addition et on se retrouve sur le trottoir. La fin est proche, j'en éprouve un vague soulagement, je sais ce qui va se passer. Je blottis ma tête dans son cou, mes yeux me font mal, je crois que ce sont les effets secondaire de mon opération, mais je me mets à pleurer doucement. Il me regarde et me dit : "Je t'aime comme un fou". Ce sont ses dernières paroles.
Il disparut. Je m'effondrai en larmes. Je rentrai lui envoyer un message assassin où je souhaitais lui passer trois messages : à quel point j'avais cru en nous, comment mon ressentiment et ma conviction dans le fait qu'on a tous droit à une première fois m'empêche aujourd'hui de m'embarquer avec un père divorcé, et mon adieu avec un uniquement un souvenir passionné.
 Sa dernière réponse écrite, comme toujours parfaitement choisie, unique, deux mots dans lesquels je reconnais sa griffe, me laissant KO, un coup de poing dans le ventre et en même temps admirative comme d'habitude sur la grandeur de ce type que j'avais si peu croisé dans ma jeunesse mais je n'avais jamais oublié.
THE END.



Par Antipus Aethernel
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Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /Juin /2009 12:41
Alors voilà. J'ai pris un billet d'avion et je suis allée voir.
Une rencontre étrangement familière et totalement inconnue en même temps. Mon souvenir, mon vieux rêve, mon poète, charmeur plein d'humour... Quelques heures rigolotes avec quelqu'un avec qui je m'attendais à une entente sans faille. Dont acte. Et un choc aussi, celui de son engouement inattendu, je passais du type qui m'a lâchement abandonnée sans explications à celui qui se passionne pour moi sans davantage de raisons.
Me voici Docteur, très perturbée, à vrai dire complètement paumée. Je crois que c'est possible, comme avant, j'en suis sûre, mais je suis effrayée, je ne voulais pas passer d'une relation à une autre, comme ça si vite, c'est hors de question, je ne peux pas tourner la page de mon histoire sans souffler un moment seule, quand on fait ça en général c'est la catastrophe.
Et si on se plantait quand même, y suis-je prête ? Oui. J'y ai pensé. Malgré tout je ne veux pas être un regret, une pénitence...
C'est un peu facile, non, ma réapparition, son imminent célibat, le mien, tout colle, si c'était trop beau, un leurre ?  Et si on avait trop changé pour que ça fonctionne ? Et pourquoi je n'arrive pas à oublier qu'il est parti pour elle pendant que notre histoire commençait, et qu'à chaque jour qui passe au lieu de me faire à l'idée, je lui en veux un peu plus ? Pourquoi étrangement, je lui en veux d'autant plus que son histoire n'est pas celle que j'avais imaginée pour nous et qu'elle connaît une fin prochaine ? Pourquoi n'as-tu pas fait en sorte que cela fonctionne ?  Est-ce que tu as changé le cours de ma vie pour en arriver à un échec !??
- Tenez bon, à dans 10 jours.
Par Antipus Aethernel
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 12:40



- Bonjour Docteur...
- Bonjour ... alors, racontez-moi.
Eh bien voilà... Je vous ai dit il y a quinze jours que je voulais savoir. Je m'étais je croyais bien préparée, arrivée au bout du ponton, à sauter dans l'eau froide, à habiller de noir le corps froid d'une histoire, à écouter s'arrêter le fol battement de mon coeur pour qu'il reparte quelques secondes plus tard seul et abandonné...
Silence.
Mais je n'étais absolument pas préparée à ce qu'il se remette à battre la chamade, si fort, si violemment, que je l'entends boum boum boum boum assise devant la page blanche de ma vie d'aujourd'hui, avec tout à écrire. Je suis fière de moi, j'ai eu le courage d'aller droit au but, de tout dire sans détour... et depuis, je suis passée par toutes les phases, l'espoir fou, toujours, forcément, je l'ai toujours eu, puis la crainte, l'angoisse, puis l'euphorie puis le bien-être, celui qui accompagne cette acceptation de mes propres sentiments partagés. J'ai voulu, j'ai choisi, et je suis sûre à présent d'assumer ce tourbillon de joie malgré tous les problèmes insensés que suppose mon extraction de ma vie d'aujourd'hui.
- Vous savez, il y en a bien plus souvent qu'on ne le croit, des histoires comme la vôtre.
- Ah bon ??
- Mais oui.
Et elle me raconte que je ne suis pas seule, qu'il y a tout un club d'anonymes qui s'aiment et se perdent et se retrouvent. Et elle ajoute :
- Et vous savez, la plupart du temps ça marche très très bien !
Je ne sais plus quoi dire. Je n'avais même pas besoin d'entendre ça pour vouloir y croire, j'y croyais déjà depuis quelques jours. C'est mon plus beau cadeau d'anniversaire.
Mon ami Guille m'a dit avant-hier : tu sais pourquoi je suis sûr que tu l'aimes vraiment ?
- Heu... non ?
- Parce que tu ne sais pas pourquoi... Parce c'est sans raisons ! ...Et tu sais pourquoi je suis sûr que tu ne fais pas d'erreur ?
- Heu... non ??? (Alors là, comment il peut savoir une chose pareille, moi qui n'en sais rien moi-même, qui nage en pleine confusion et qui n'attends que mon rendez-vous chez ma psy pour y chercher une réponse !!)
- Parce que tu allais déjà quitter ta vie d'aujourd'hui, parce que tu allais de nouveau sortir de ta tanière pour marcher vers de nouveaux chemins, partir pour d'autres horizons. C'est tout simplement une évidence.
Ben ça alors ! Incroyable Guille, qui m'a gentiment remis les yeux en face des trous. Quel talent, tu veux combien pour la séance ?
Dites docteur, et si c'était pathologique, ce vouloir retourner vers celui, le seul qui m'ait quittée, est-ce que ça peut être un processus psychologique banal, une révolte ?
Elle rigole, puis réfléchit puis répond :
Mais non ! Vous êtes quelqu'un qui se connaît bien et vous auriez 15 ans, je ne dis pas, mais non, rassurez-vous, vous n'êtes pas dans ce cas de figure.
Alors je ne sais pas quoi vous raconter, si ce n'est que je plane à cent mètres, que subitement plus rien ne me contrarie, j'aime tout le monde, je trouve l'univers beau et formidable, je ris de tout et me sens envahie d'une surpuissance absurde, celle des débuts, et que revient mon envie habituelle de conquérir le monde. Il fait incroyablement beau, ces couleurs dans le ciel c'est bizarre je ne les avais jamais remarquées avant, et pourquoi je chante comme une andouille dans ma voiture, et je ne trouve rien difficile, d'un coup ma décision est prise, je veux mon bonheur.

Mais Docteur... et si je cristallisais complètement, loin de toute analyse sensée, aveuglée de mes yeux plein d'étoiles ?
Trop tard, la séance est finie. Quelques instants de silence. Je me lève, elle me raccompagne à la porte et me dit :
- Allez, foncez !
Sourires.
Par Antipus Aethernel
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