Je ne sais pas pourquoi - et c'est bien l'objet de mes recherches - je suis obsédée par l'acceptation du passé. Sans cesse des questions comme "ai-je bien choisi mon parcours professionnel ?" "et si j'avais continué mes études au lieu d'arrêter mon DEUG en fin de 2e année, où en serais-je ? " "est-ce qu'il pense toujours à son ex ?" me taraudent.
En même temps, je me répète comme un mantra "aucun intérêt, tu ne peux rien y changer" "y songer et fantasmer sur des choses terminées, inamovibles ou invérifiables ne peut que te faire du mal" et je me botte le c... : pense plutôt à ce que tu vas faire aujourd'hui et demain. Si tu as l'ombre d'un petit regret, tâche de faire différemment à l'avenir pour te féliciter d'avoir tiré leçon du passé.
Pour le boulot, c'est vrai que je me pose parfois des questions notamment parce que je vais commencer un nouveau job dans une semaine et que j'ignore si je vais être à la hauteur, si ça va me plaire et me convenir, mais globalement, mon parcours me permet de gagner correctement ma vie et je ne suis pas mécontente d'en être arrivée là. Alors ?
Concernant l'homme de ta vie, il t'aime et s'est engagé avec toi comme il ne l'avait jamais fait avec personne d'autre avant, n'est-ce pas une preuve suffisante que tu as plus d'importance à ses yeux que toute autre ? Il a fini par supprimer les quelques traces de cette femme parce que ça te bouleversait. Ne peux-tu pas effacer à ton tour toute crainte d'un retour vers le passé ?
Oui mais... Toujours ce crétin de petit diable sur mon épaule gauche qui me souffle des conneries dans l'oreille que je ne peux pas éviter d'entendre. A son anniversaire, elle le lui a souhaité sobrement et il a répondu "c'est tout ce que tu mets ?" et sa déception de ne pas compter davantage pour celle qu'il avait tant aimée m'a douloureusement marquée. Alors que notre histoire me semblait être celle d'un grand amour, pourquoi avait-il besoin qu'elle lui adresse quelque mot tendre ?
Ton expérience passée des mensonges d'un autre homme qui avait effacé en apparence ses liens du passé pour mieux les entretenir en cachette ne t'autorise pas à en punir un autre qui justement ne te cache rien et dont tu sais au fond de toi qu'il ne supporterait pas de te faire souffrir. D'ailleurs, n'a-t-il pas enlevé ce message et son auteur de ses contacts ?
Oui je sais, mon homme est l'opposé du précédent et je ne peux que m'en vouloir de m'être fait berner et d'être restée les bras ballants à fermer les yeux sur tous les mensonges que je découvrais pourtant.
Mais... Il a quand même voulu un enfant avec celle-là.
L'a-t-il eu ?
Non.
Pourtant tu sais qu'il s'implique facilement et au regard de votre histoire, tu sais très bien qu'il aurait facilement pu le faire !
Hum oui bon. OK. Mais n'empêche, il a fait un gosse avec une autre. Moi je n'ai jamais voulu ni eu d'enfant avec d'autres que lui !
Alors ça, c'est la réflexion la plus stupide. Il ne l'a pas fait, il l'a eu. Sans le savoir, sans le vouloir. Elle le lui a fait dans le dos. Il n'a pas désiré cet enfant aussi ardemment qu'il en désire un avec toi et te le montre à chaque instant, ne vois-tu pas la différence ? Est-ce parce que les autres peuvent parfois se tromper dans leurs choix que tu dois leur en vouloir ? Ne t'es-tu jamais trompée ? Dois-je te rappeler que tu as commis au moins une erreur que tu es en train de payer chaque jour en ce moment-même ?...
OK, mais...
Mais quoi ? Regrettes-tu qu'il l'ait assumé, qu'il l'ait reconnu, ne trouves-tu pas que son gamin est adorable et que c'est une chance incroyable de vivre avec lui, ce qui te donne à toi vieille fille (eh oui il faut que tu assumes cette appellation menaçante) la possibilité d'observer un enfant de près et de te rendre compte de ce que ça signifie que d'en élever un ?
Non, c'est vrai. Il est très mignon, joyeux et gentil, j'aurais pu tomber sur un monstre comme... bref, et il m'aime beaucoup aussi. J'ai de la chance. Et c'est vrai que chaque journée que je passe avec lui me donne une leçon sur les relations avec un enfant et m'apprend énormément. Et puis je suis d'autant plus folle amoureuse de son père qu'il a agi comme il l'a fait depuis la naissance de l'enfant. Un père responsable qui certes, a vécu sa jeunesse insouciante en confiant son petit à ses parents pour sortir et faire la fête mais au moins, aujourd'hui il ne nous fait pas de crise d'ado attardé et veut vivre avec moi ces premières années de paternité dont il n'a pas profité pleinement. Ma vague désapprobation sur ses années de jeunesse est donc malvenue. S'il n'avait pas fait ces choix, ça ne l'intéresserait pas aujourd'hui de revivre une paternité et je serais bien malheureuse toute seule avec ce désir d'enfant de lui... Alors stop ! Stop d'en vouloir aux autres de mes choix pourtant légitimes. Ca suffit d'être jalouse de lui, jalouse de ne pas être une jeune maman d'un enfant déjà grand, jalouse de son insouciance, moi qui ai toujours eu l'obsession de ne jamais tomber enceinte, moi qui ai été privée d'adolescence, jalouse peut-être aussi de cette femme qui a réussi à avoir un enfant de lui et pas moi.
C'est quoi ces jalousies absurdes qui entrent encore dans la catégorie de tout ce que tu ne pourras jamais changer ? Des choses qui sont comme elles sont, dont tu ne peux imputer le choix ni à lui ni à toi. Ces choses donc qui ne doivent en aucun cas t'affecter. Ces choses qui font même qu'aujourd'hui cet homme est ce qu'il est, mûr, responsable, courageux, sensible, ce qui fait que tu l'adores par-dessus tout. Un jour tu auras toi aussi deux amours de ta vie.
Je crois que c'est ce qui me manque. Dans mon obsession de réussite, même ce sujet vient s'insérer. Je voudrais éprouver la fierté d'avoir conçu, rejoindre ce clan des femmes qui sont mères et qui répètent unanimes "tu ne peux pas savoir ce que c'est avant de l'avoir fait" et ma pression augmente chaque jour en sentant peser le silencieux regard que l'entourage pose sur une vieille fille de 36 ans toujours sans enfant. J'ai passé ma vie à essayer d'être comme tout le monde, un petit peu mieux que la moyenne si possible comme ma mère le voulait, et aujourd'hui il me reste ça d'inaccompli. Ce serait ma dernière victoire après un parcours professionnel correct.
La pression de l'âge se fait méchamment sentir : à mon âge et autodidacte, je ne peux plus me permettre de changer de boulot sur un coup de tête. Ma fertilité est en baisse. Mon mec est plus jeune que moi. Me quittera-t-il pour une plus jeune dans quelques années ?
En somme je commence à perdre le contrôle de tout. Je ne parviens pas à obtenir tout ce que je veux et ça, je n'en ai pas l'habitude. J'ai largué les boulots les uns après les autres pour à chaque fois viser plus haut. Mon dernier vrai poste s'est soldé par un licenciement de 500 personnes car la boîte a fermé. Je n'ai rien contrôlé et personne ne l'avait vu venir. Plusieurs années de deuil. Mais mon assurance a quand même conservé une cicatrice.
Je ne tombe pas enceinte à l'arrêt de la pilule, comme on lit dans les romans dramatiques à l'eau de rose. Je ne peux pas influencer la Nature. Mon impuissance m'enrage. J'ai une revanche à prendre.
Pourquoi tant de colère ? Par manque de confiance en toi, non ? Pourquoi vouloir prouver tant de choses ? Tu viens de réussir 4 entretiens et une négociation de salaire pour une société cotée en Bourse qui n'embauche habituellement que des ingénieurs Bac+5. Tu as maîtrisé toute ta vie sentimentale comme tu l'entendais en ne te mariant pas, en ne tombant jamais enceinte accidentellement jusqu'à rencontrer l'homme de ta vie. Par miracle tu l'as trouvé, il est sur la même longueur d'ondes que toi et vous désirez tous les deux un enfant au même moment ! Beaucoup envient ta situation, ta chance, ton bonheur. As-tu le droit de râler, d'être aussi aigrie et insatisfaite ? D'ailleurs, tu as peur qu'il aille dire un jour je t'aime à une autre... Mais si c'est toi qui partais un jour en aimer un autre ?
Non, c'est impossible !!!
Je suis persuadée que la sérénité, l'équilibre, la paix intérieure apportent les ondes positives et la chance. Jamais je n'ai connu autant de facilités et réussi tant de choses que depuis que mon amour est entré dans ma vie. Il ne se rend pas compte de tous mes dépassements de moi, de mes petites victoires intimement liées à son existence, à son soutien. A moi de garder cet élan, cette force dont il me remplit, au lieu de gaspiller mon énergie dans des luttes perdues d'avance, de diluer ma joie de vivre naturelle dans des angoisses inutiles et stériles.
Comme dirait ma psy, arrêter d'être obnubilée par ce qui n'existe pas, comme par exemple l'idée de me faire larguer pour une jeunette dans quelques années. Si je deviens amère, jalouse et irrationnelle il aura de bonnes raisons de se casser ! Et pas seulement à cause de mon physique ! Arrêter aussi de me sentir persécutée par le passé. C'est grâce à nos passés respectifs que nous avons su nous rapprocher, nous apprécier et que nous nous aimons à la folie aujourd'hui. Si tout cela n'était pas arrivé, nous n'en serions pas là. C'est d'autant plus réel que nous nous sommes côtoyés pendant des années sans savoir que nous allions finir ensemble et aussi heureux. Ces dernières années nous ont permis de mûrir l'idée que nous nous faisons de notre idéal et de nous reconnaître. Les personnes qui appartiennent à son passé ne peuvent qu'envier le présent et le futur qui s'offre à moi en sa compagnie. Quel avantage y aurait-il pour moi d'envier leur passé ??
Ce que je regrette parfois, simplement, et je n'ai pas encore trouvé la clé de ma guérison, c'est qu'il ait si passionnément voulu se marier et avoir des enfants avec une autre. Et mon petit coeur se brise quand je pense qu'il ne veut pas se marier avec moi. Il m'a bafouillé qu'il n'était pas prêt la fois où je lui ai posé la question à brûle-pourpoint. Je lui ai reproché ce petit non embarrassé et il m'a répondu que c'est parce que je l'avais pris de court. N'empêche que c'est plus révélateur d'entendre une réponse-réflexe qu'une réponse bien réfléchie, non ? Cette spontanéité m'a mis un coup dont je ne me suis pas remise. Le pire je crois que c'est quand il m'a servi tout un tas de raisons ridicules quand j'ai insisté pour savoir pourquoi pas. J'ai essayé de les oublier mais il me semble me souvenir le vague refus d'une soirée d'enterrement de vie de garçon dont il redoute le stupide bizutage, le manque de moyens... Ca m'a tellement choquée que je n'en ai plus jamais parlé. Quand par accident le sujet remonte à la surface d'une conversation, mon amertume palpable revêt les couleurs de ma profonde tristesse.
Et si tu lui en parlais calmement ?
Je ne sais pas si je pourrais retenir mes larmes. Je ne supporterais pas d'entendre une nouvelle fois sa négation alors que lui même m'a convertie au mariage. Il ne se doute pas que je rejetais cet acte depuis que je me suis trompée en ayant voulu me marier avec le premier amour de ma vie. J'ai rompu mes fiançailles il y a maintenant 15 ans. Il serait grand temps que je me pardonne. Il serait aussi grand temps que j'accepte son passé car j'en ai un aussi. Moi qui commence à peine à m'accepter telle que je suis, je devrais également l'accepter lui tel qu'il est, si parfait, en tout cas tellement plus quez moi ! Moi aussi, j'ai aimé. Vais-je lui reprocher d'être le garçon aimant que j'aime tant ? Non, et je ne vais pas prendre le risque de l'entendre énumérer des raisons aussi absurdes que mes raisons d'avant de m'opposer au mariage. J'ai passé ma vie à rendre des bagues de fiançailles, à fuir les cérémonies et à refuser d'en entendre parler. Je suis bien placée pour connaître les mille et un motifs de ridiculiser ce genre d'officialisation. Au fond, je suis peut-être en train de payer mon comportement toujours excessif.
Précisément, pourquoi donc encore sombrer dans l'excès... inverse ?
Et si tu étais simplement énervée de voir que quelque chose échappe à ta volonté, à ton besoin de contrôle permanent ? Alors que tu n'as pas de raison de t'inquiéter, cet homme est bel et bien là, fou amoureux de toi, aux petits soins, prêt à fonder une famille, il t'a demandé de te pacser avec lui et tu sais parfaitement que tous les actes d'engagements, en moins d'un an, sont présents et solides. En fait, tu es juste en train de chercher la petite bête, histoire de pouvoir redire quelque chose, au milieu de tant de bonheur, de sincérité, pour quoi...? Pour trouver une raison de te plaindre, de te t'apitoyer sur toi parce que tu ne sais pas comment faire autrement pour t'aimer un peu ?
Ouch.